Transmission et échanges entre les arts martiaux africains et le wushu chinois : une étude d’herméneutique philosophique

Socialisons 😊💭

Pourquoi ce livre

Tout part d’une question d’adolescent. Au Cameroun, dans l’ethnie Bamilikes en particulier, vers quinze ou seize ans, les garçons passent les rites traditionnels d’initiation, où les arts martiaux africains tiennent une place centrale. Le jeune Rodrigue enchaîne au même moment les films de kung-fu chinois, et une question ne le quitte plus : où est, au fond, la différence entre les deux ? Pour le savoir, il part en Chine. Il apprend la langue, puis le wushu. Et passe du « comment frapper » au « pourquoi frapper ».
Deuxième raison : une insatisfaction scientifique. Les travaux sur la diffusion internationale du wushu ont longtemps repris le schéma d’une culture transmise à sens unique, avec une Afrique cantonnée au rôle de spectatrice. Pour l’auteur, ce schéma est faux et stérile. Il a donc choisi l’herméneutique philosophique afin de rendre à l’Afrique son droit d’interprétation.
Troisième raison : le calendrier. Le Sommet de Pékin du Forum sur la coopération sino-africaine a placé l’« action de partenariat pour l’apprentissage mutuel entre les civilisations » en tête de ses dix actions de partenariat et fait de 2026 l’« Année des échanges humains et culturels sino-africains », aux côtés du plan de la « Route de la soie culturelle » et du plan de coopération innovante dans la radiodiffusion, la télévision et l’audiovisuel. Le livre arrive donc à point nommé, avec une contribution théorique venue d’Afrique.
Ce qui change
L’apport du livre
L’auteur
Un chercheur africain écrit directement en chinois, sans passer par un traducteur. L’Afrique n’est plus racontée par procuration.
La méthode
L’herméneutique philosophique remplace les modèles classiques de la communication. Fin du transfert à sens unique : l’émetteur et le destinataire se répondent.
La comparaison
Pour la première fois, les arts martiaux africains sont traités comme une civilisation à part entière, avec sa philosophie, face au wushu chinois.
Le sujet
Le livre pose une question rarement posée : pourquoi la recherche sur les arts martiaux africains est-elle si pauvre ? Et il en cherche les causes historiques.
Les sources
Archives, archéologie du savoir, histoire orale, observation participante, et vingt ans de pratique martiale et de cinéma vécus par l’auteur.
Le lecteur visé
Un livre écrit pour les Chinois, qui entre dans la culture africaine par la porte du wushu, celle qu’ils connaissent le mieux.
De la théorie au terrain
Deux idées devenues réalité : le documentaire Kung Fu Dream et le Centre culturel Chine-Cameroun.

Table des matières détaillée du livre

Introduction
  1. Genèse et objectifs de l’ouvrage 001
  2. Démarche et cadre de l’ouvrage 002
Chapitre I Décomposition des notions d’« arts martiaux africains » et de « wushu chinois » 007
  1. Genèse des deux « arts martiaux » sino-africains 008
(1) Définition de la notion de « Martial Arts (arts martiaux) »
(2) La notion d’« arts martiaux africains »
(3) La notion de « wushu chinois »
  1. Caractéristiques et contenus culturels du wushu chinois 011
(1) Caractéristiques
  1. Archéologie du savoir du caractère « 武wu »
  2. L’intégration du « 击frapper / 打combattre » et du « 演démontrer / 舞danser »
  3. L’éthique martiale (武德wude)
  4. La culture de la santé (养生yangsheng)
(2) Contenus
  1. Le wushu et la théorie du yin et du yang
  2. Le wushu et la théorie des cinq élements
  3. Le wushu et le taoïsme
  4. Le wushu et le confucianisme
  5. Le wushu et le bouddhisme
  6. Caractéristiques et contenus des « arts martiaux africains » 027
(1) Archéologie du savoir des « arts martiaux africains »
(2) L’intégration « combat – spiritualité – danse »
  1. Le « combat » comme art d’engager la force
  2. La « spiritualité» comme rituel spiritueldu combattant
  3. La « danse » comme art de la représentation
  4. Cas interprétés du « combat – spiritualité– danse » dans les arts martiaux africains
(3) Les arts martiaux africains et le rapport au monde animal
(4) Les arts martiaux africains et les rites traditionnels d’initiation
  1. Ressemblances et différences entre le wushu chinois et les arts martiaux africains 045
  2. Conclusion partielle 046
Chapitre II Les échanges culturels sino-africains dans la nouvelle ère : le rôle diplomatique des arts martiaux 048
  1. La capacité de communication interculturelle du wushu 049
(1) Le wushu, langage du corps
(2) L’esprit du wushu
(3) La force d’entraînement des films d’arts martiaux
  1. La responsabilité martiale de la communauté de destin sino-africaine 052
(1) Contexte des échanges culturels sino-africains
(2) La sortie du wushu hors des frontières : un « savoir pour soi »
(3) L’entrée du wushu chinois en Afrique exige de se conformer aux usages du lieu
  1. Arrière-plan historique des difficultés de survie et de développement des « arts martiaux africains » 058
(1) Les raisons liées à l’histoire africaine
(2) La controverse sur la « civilisation de l’Égypte antique »
(3) La rareté des écritures anciennes africaines
(4) L’indigence des ouvrages classiques africains
(5) Le déficit de recherche sur les « arts martiaux africains »
  1. Opportunités et défis de la prospérité conjointe des deux arts martiaux sino-africains dans le contexte du « village planétaire » 066
(1) Les échanges martiaux sino-africains demeurent à un stade embryonnaire
(2) La possibilité d’une diffusion des « arts martiaux africains » en Chine
(3) « La Ceinture et la Route » : de nouvelles opportunités pour la coopération martiale sino-africaine
  1. Le projet des « films de kung-fu sino-africains »
  2. Le plan du « Centre culturel Chine-Cameroun »
  3. Conclusion partielle
Chapitre III La diffusion du wushu chinois en Afrique à la lumière de l’herméneutique philosophique 073
  1. Les impasses de l’interprétation dans la communication interculturelle 074
(1) La perspective de l’herméneutique philosophique
(2) Herméneutique philosophique et communication interculturelle
  1. Herméneutique philosophique et diffusion du wushu 076
  2. L’absence de perspective herméneutique dans la diffusion internationale du wushu 079
(1) En Chine
(2) En Afrique
(3) Dans les autres régions
  1. «Objet», «vecteur»et «sujet»dans la diffusion du wushu chinois en Afrique 082
(1) L’« objet »
(2) Le « vecteur »
(3) Le « sujet »
  1. Interprétation translinguistique de l’« objet », du « vecteur » et du « sujet » 084
  2. «Mémoire visuelle»et «mémoire corporelle»: les deux mémoires de l’enracinement du wushu en Afrique 085
(1) Délimitation des notions de «mémoire visuelle» et de «mémoire corporelle»
(2) Interprétation de la «mémoire visuelle» du wushu chez les publics africains
(3) Interprétation de la «mémoire corporelle» du wushu chez les publics africains
  1. Conclusion partielle
Chapitre IV Le parcours de diffusion du cinéma d’arts martiaux chinois en Afrique 089
  1. Avant les années 1970 : des bases déjà établies pour les échanges audiovisuels sino-africains 090
  2. Après les années 1970 : la légende glorieuse desfilmsde kung-fu chinois en Afrique 091
(1) Phase initiale (années 1970) : Bruce Lee comme figure emblématique
(2) Phase intermédiaire (années 1980-1990) : Jackie Chan et Jet Li comme figures emblématiques
(3) Phase tardive (après 2000) : Donnie Yen comme figure emblématique
  1. État actuel de la diffusion du cinéma d’arts martiaux chinois en Afrique 097
  2. Conclusion partielle
Chapitre V Généalogie historique de l’enseignement des techniques du wushu en Afrique 099
  1. L’entrée de l’« âme martiale chinoise » en Afrique : le cas du Cameroun 100
  2. Contenus et voies de diffusion des techniques du wushu en Afrique 103
(1) Les démonstrations des maîtres chinois établis en Afrique
(2) Le rôle promoteur des maîtres africains locaux
  1. Conclusion partielle
Chapitre VI Le kung-fu chinois : la mémoire visuelle martiale des publics africains 114
  1. Les vedettes du kung-fu façonnent plusieurs « kung-fu chinois » aux yeux des spectateurs africains 115
(1) « Bruce Lee » définit la notion de « Kung Fu » dans les représentations des publics africains
(2) « Jackie Chan » façonne le « kung-fu comique » aux yeux des publics africains
(3) « Jet Li » façonne le « kung-fu mythologique » aux yeux des publics africains
(4) « Donnie Yen » façonne le « kung-fu de la vertu » aux yeux des publics africains
  1. Du cinéphile de kung-fu à la vedette de kung-fu : le « rêve de kung-fu » des cinéphiles africains 124
(1) La vedette africaine du kung-fu : Luc Bendza
(2) Le Bruce Lee africain : Shi Yanmai
(3) L’auteur : Dr. Taling T. Rodrigue
  1. Le « kung-fu chinois » au cinéma dans l’horizon culturel des arts martiaux africains 131
(1) De l’écran à la tradition : l’interprétation du « Kung Fu » par les publics africains
(2) Le discours africain de la « mémoire corporelle» dans les films de kung-fu
  1. Conclusion partielle
Chapitre VII Appréhender le wushu chinois par les « techniques du corps » des arts martiaux africains 138
  1. La notion de « techniques du corps » dans les arts martiaux africains 139
(1) Délimitation de la notion de « techniques du corps » (selon le philosophe Michel Foucault)
(2) La culture du corps en afrique
  1. L’expérience des techniques du wushu chez les pratiquants sans base martiale locale 143
  2. L’expérience des techniques du wushu chez les pratiquants dotés d’une base martiale locale 144
(1) Comprendre le « qigong » du wushu chinois à partir de la culture africaine de la « spiritualité »
(2) Comprendre le « frapper / combattre » du wushu chinois à partir du « combat » africain
(3) Comprendre les « enchaînements » (taolu) du wushu chinois à partir de la « danse » africaine
  1. Conclusion partielle
Chapitre VIII Propositions pour la coexistence et l’essor conjoint des deux « arts martiaux » sino-africains 162
  1. Synthèse de l’ouvrage 162
(1) Les arts martiaux africains : savoir préalable permettant aux Africains de comprendre le wushu chinois
(2) Le kung-fu chinois : la perception de l’image de la Chine par les publics africains
  1. Propositions 164
(1) La « communication interculturelle » comme « cercle de l’interprétation »
(2) La « localisation » comme condition préalable de l’« internationalisation »
(3) « Donne à autrui ce qu’il désire ; et non ce que tu désires »
(4) Faire du film de kung-fu sino-africain un pont pour les échanges culturels sino-africains de la nouvelle ère
 
Postface 169

Les huit chapitres en un coup d’œil

 

Chapitre
L’essentiel en une phrase
Introduction
Une question d’adolescent — où est la différence entre les arts martiaux africains et le wushu chinois ? — devenue une enquête de plus de dix ans.
Chapitre premier
Deux notions passées au crible : le wushu chinois, c’est frapper et démontrer, l’éthique martiale et la culture de la santé ; les arts martiaux africains, c’est le combat, la spiritualité et la danse, inséparables.
Chapitre II
Le wushu est un langage du corps, et une responsabilité partagée. Le chapitre affronte aussi les fragilités historiques des arts martiaux africains.
Chapitre III
L’herméneutique philosophique remplace le vieux schéma du transfert à sens unique : «objet», «vecteur» et «sujet» sont redéfinis, «mémoire visuelle» et «mémoire corporelle» apparaissent.
Chapitre IV
L’image (kung-fu) au travers les écrans est arrivé avant les personnes qui le pratique. De Bruce Lee à Donnie Yen, trois âges du film de kung-fu en Afrique.
Chapitre V
De l’« âme martiale chinoise » au Cameroun : deux filières d’enseignement, les maîtres chinois installés sur place et les maîtres africains.
Chapitre VI
Quatre vedettes, quatre « kung-fu chinois » dans l’imaginaire africain. Et trois générations de «rêveurs de kung-fu» bien réels.
Chapitre VII
Le retournement du livre : les Africains lisent le «qigong» par la «spiritualité», la «frappe» par le «combat», les «enchaînements» par la «danse».
Chapitre VIII
Passage à l’acte : les «films de kung-fu sino-africains», le «Centre culturel Chine-Cameroun», et les «trois principes pour dialoguer» au travers des arts martiaux.
Dr TALING T. RODRIGUE, Cameroun Directeur du Centre d’études africaines du cinéma et de la télévision Directeur adjoint du Centre d’études africaines francophones à l’Université normale du Zhejiang

La parole à l’auteur

Interrogé sur ses motivations, l’auteur ne répond pas comme un universitaire en soutenance. Plutôt comme quelqu’un qui écrit une longue lettre:
 
« Si j’ai écrit ce livre en chinois, c’est d’abord pour être lu par des Chinois. Je voulais leur ouvrir une porte sur la culture africaine, en passant par le wushu, parce que les deux se ressemblent plus qu’on ne le croit. J’ai compris une chose : pour parler de l’Afrique, il ne faut pas commencer par l’Afrique. Il faut commencer par ce que le lecteur connaît déjà. Les Chinois connaissent le wushu. Je commence donc par le wushu. »
« Beaucoup de mes amis chinois ont de l’Afrique quelques images figées : la pauvreté, le primitif, les tribus, les tambours. Ce n’est pas leur faute. C’est que, pendant longtemps, ce ne sont pas les Africains qui ont raconté l’Afrique. Je veux montrer un autre continent : une Afrique avec une philosophie du corps très rigoureuse, des rites de passage, un ordre moral, un monde spirituel. Quand on sait que l’engolo, le dambe, le laamb, la donga ou l’art zoulou du bâton ont chacun leurs règles et leurs interdits, on ne parle plus de “bagarres”. Et on ne voit plus l’Afrique comme un continent à visage unique. »
« Il y a une chose que je tiens surtout à dire : en Afrique, le wushu chinois n’est pas tombé sur une page blanche. Les Africains ont leur “combat”, leur “spiritualité”, leur “danse”. C’est justement pour cela qu’ils comprennent si vite le kung-fu chinois, et qu’ils l’aiment si fort. Les arts martiaux africains sont la clé qui leur permet d’entrer dans le wushu. Et réciproquement, le kung-fu a été la première fenêtre par laquelle l’Afrique a regardé la Chine. Ce n’est pas un transfert à sens unique : ce sont deux civilisations qui s’éclairent. »
« J’espère que ce livre allumera une curiosité. Pourquoi la danse africaine est-elle inséparable du combat ? Que traverse un adolescent pendant son initiation ? L’Afrique a-t-elle son propre Shaolin ? La curiosité est le point de départ le plus juste, parce qu’elle reconnaît que l’autre mérite d’être connu. On ne détruit pas un stéréotype par le débat. On le remplace, peu à peu, par des savoirs, des visages, des histoires. Ce livre parle de Luc Bendza, de Shi Yanmai et de moi-même. Nous sommes des preuves vivantes. »
« Je crois que ces deux cultures peuvent devenir un pont entre deux grandes civilisations. Avec le cinéma, ce média de masse, la Chine et l’Afrique peuvent enfin faire vivre les échanges entre les peuples. C’est pour cela que j’ai lancé l’idée du film de kung-fu sino-africain, créé le Centre culturel Chine-Cameroun et tourné Kung Fu Dream. Je ne veux pas que la théorie reste sur le papier. »
« Rien de tout cela n’est simple, je le sais. Les sources sur les arts martiaux africains sont trop rares, les écritures anciennes et les textes classiques presque introuvables, et nous sommes trop peu à nous y consacrer. En écrivant, j’ai souvent eu l’impression de faire seul la navette entre deux langues et deux civilisations. Mais ce livre existe, et il dit mon espoir, ma contribution et ma volonté de continuer. Si un jour l’Afrique évoque, pour un lecteur chinois, non seulement la souffrance mais aussi la sagesse, l’ordre et la beauté, alors il n’aura pas été écrit pour rien. »
—— Dr. TALING TENE RODRIGUE

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octobre 5, 2026 9:51 pm,lundi (GMT+1)

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