Un chercheur africain propose aux lecteurs chinois une lecture de l’« âme martiale » de l’Afrique

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L’essentiel

Un chercheur africain a écrit un livre en chinois pour raconter l’Afrique aux Chinois. Et il l’a fait en partant du kung-fu. Les Presses de l’Université du Zhejiang publient Transmission et échanges entre les arts martiaux africains et le wushu chinois : une étude d’herméneutique philosophique, signé du Camerounais TALING TENE RODRIGUE, dit Luo Ge. Directeur du Centre de recherche sur le cinéma et l’audiovisuel africains à l’Institut d’études africaines de l’Université normale du Zhejiang, fondateur du Centre culturel Chine-Cameroun, l’auteur place pour la première fois les arts martiaux africains et le wushu chinois ( compris dans l’ouvrage comme arts martiaux chinois englobant tout les styles existant)  à la même table, d’égal à égal.
C’est,  le premier livre publié en Chine dans lequel un chercheur africain écrit directement en chinois pour comparer les deux grandes cultures martiales et retracer leurs échanges croisés. Le livre ne demande pas « qui a enseigné à qui ». Il demande : comment se voit-on ?
  1. Un livre, trois ambitions

L’ouvrage est une monographie interdisciplinaire : sports traditionnels ethniques, études africaines, sciences de la communication, cinéma et herméneutique philosophique. Sa charpente théorique vient du philosophe allemand Hans-Georg Gadamer. Le fil conducteur — pré-compréhension, compréhension nouvelle, fusion des horizons — sert à raconter autrement une histoire longtemps mal lue : celle de l’arrivée du wushu chinois en Afrique, et du retour des arts martiaux africains dans la conversation.
Trois lignes de force résument le projet :
  • Une histoire à double sens. Le wushu chinois n’a pas été simplement « importé » en Afrique : deux cultures du corps s’y sont rencontrées, mal comprises, réécrites, réinventées.
  • Une comparaison entre égaux. Les arts martiaux africains ne sont plus un « matériau » d’observation, mais une civilisation qui possède sa philosophie et son droit d’interprétation.
  • Un mode d’emploi pour la coopération. Le livre délivre des outils concrets pour la coproduction audiovisuelle, la coopération sportive et la diplomatie culturelle entre la Chine et l’Afrique.
Le volume comprend une introduction, huit chapitres et une postface, un index des illustrations, de nombreuses photographies de terrain et des schémas. Trois préfaces l’éclairent depuis les études africaines en Chine, les sports traditionnels ethniques et les études cinématographiques. Le noyau théorique vient de la thèse de doctorat soutenue par l’auteur à l’Université du sport de Shanghai, « Étude de la transmission et de la mémoire du wushu chinois en Afrique dans une perspective herméneutique ». Le livre l’élargit considérablement : nouvelle étude de fond sur les arts martiaux africains, matériaux de terrain inédits, études de cas cinématographiques.

Ce que dit le livre 

  1. Les arts martiaux africains : combat, spiritualité, danse
La thèse centrale tient en trois mots : « 武wu,巫 wu,舞 wu » — le combat, la spiritualité, la danse. Autrement dit les techniques du combat corps-a-corps, les rituels spirituel du combattant et la dimension artistique de sa maitrise, sont indissociables. L’auteur remonte d’abord à la généalogie de la notion même d’« arts martiaux africains ». Puis il démonte chacun des trois termes et l’illustre par des styles et des rituels précis. Deux passages retiennent l’attention : le rapport de ces pratiques au monde animal, et leur lien étroit avec les rites d’initiations, ces cérémonies de passage à l’âge adulte qu’ont retrouve de nos jours dans les sociétés traditionelles Africaines.
  1. Le wushu chinois : la force derrière les gestes
En contrepoint, l’auteur part du caractère chinois « wu » (武) pour dégager quatre traits du wushu : frapper et combattre  (“击/打”), démontrer et danser(“演/舞”), l’éthique martiale Chinoise (“武德”), la culture de la santé (“养生”). Il remonte ensuite cinq filiations : yin et yang, taoïsme, confucianisme, bouddhisme. Sa conclusion : la puissance du wushu ( compris dans l’ouvrage comme arts martiaux chinois englobant tout les styles existant) ne tient pas aux techniques, mais au système de valeurs qui le porte. Non pas « comment frapper », mais « pourquoi ».
  1. Le wushu, trait d’union entre la Chine et l’Afrique
Le wushu est « un langage du corps », écrit l’auteur, et à ce titre un formidable outil de dialogue. D’où sa formule : la « responsabilité martiale de la communauté de destin sino-africaine ». Sortir le wushu de ses frontières relève d’abord d’un « savoir pour soi » ; le faire entrer en Afrique impose de se plier aux usages du lieu. Le livre affronte aussi, ce qui est rare, les fragilités des arts martiaux africains : ruptures de l’histoire du continent, controverses sur l’héritage de l’Égypte antique, rareté des écritures anciennes et des textes classiques, et quasi-absence de recherche sur le sujet.
  1. Une méthode neuve : objet, vecteur, sujet et deux mémoires
C’est la partie la plus originale de l’ouvrage. En Chine, en Afrique comme ailleurs, constate l’auteur, les travaux sur la diffusion internationale du wushu ignorent la perspective herméneutique. Il redéfinit donc l’« objet », le « vecteur » et le « sujet » de cette transmission, en examine le passage d’une langue à l’autre, et propose un couple de concepts : « mémoire visuelle » et « mémoire corporelle ». Ce sont, selon lui, les deux voies par lesquelles le wushu ( compris dans l’ouvrage comme arts martiaux chinois englobant tout les styles existant)  prend racine en Afrique.
  1. L’écran est arrivé le premier
Le livre retrace les échanges audiovisuels sino-africains antérieurs aux années 1970, puis les trois âges des films de kung-fu sur le continent : Bruce Lee pour les débuts, Jackie Chan et Jet Li pour la période intermédiaire, Donnie Yen pour la plus récente. Plus surprenant: chaque vedette a façonné un « kung-fu chinois » différent dans l’imaginaire africain. Bruce Lee a défini le mot « Kung Fu » lui-même ; Jackie Chan a inventé le kung-fu comique ; Jet Li, le kung-fu mythologique ; Donnie Yen, le kung-fu de la vertu.
  1. Du fauteuil de cinéma à l’écran : trois générations de rêveurs
Trois destins réels portent la généalogie du « rêve de kung-fu » africain : la vedette du cinema Luc Bendza, le premier moine Shaolin Africain “Shi Yanmai” (de son vrai nom Dominique Saatenang ), surnommé le « Bruce Lee africain », et l’auteur lui-même le 1er Docteur Africain des Arts martiaux Chinois. C’est le chapitre le plus incarné du livre. La transmission n’y est plus une courbe abstraite, mais des corps et des vies.
  1. Le retournement : comprendre le wushu avec un corps africain
Le septième chapitre renverse la perspective. L’auteur compare l’expérience de pratiquants sans base martiale locale et celle de pratiquants qui en ont une. Les seconds comprennent spontanément le qigong chinois à travers la « spiritualité » africaine, la frappe à travers la « lutte » africaine, les enchaînements (taolu) à travers la « danse » africaine. Les arts martiaux africains deviennent ainsi le savoir préalable qui permet aux Africains de comprendre le wushu chinois.
  1. De la théorie au plateau de tournage
Le livre débouche sur des propositions concrètes. Dans le cadre de l’initiative « la Ceinture et la Route » et de la communauté de destin sino-africaine, l’auteur avance le projet des « films de kung-fu sino-africains » (Sino-African Kungfu Movies) et celui du Centre culturel Chine-Cameroun. Il en tire trois principes : la communication interculturelle est un « cercle de l’interprétation » ; la localisation conditionne l’internationalisation ; « Transmet à autrui le savoir  qu’il désire, et non ce que tu ne voudrais  ». Les deux projets existent déjà : le premier a donné le documentaire de coproduction sino-africaine <Rêve de Kung-Fu>(<Kung Fu Dream>), dont l’auteur est réalisateur en chef , scénariste pour la partie africaine et acteur principal ; le second est aujourd’hui le Centre culturel Chine-Cameroun dont il est le fondateur.
  • L’auteur

TALING T. RODRIGUE, Luo Ge de son nom chinois, est né à Bafoussam, dans l’ouest du Cameroun. Il est chercheur à l’Institut d’études africaines de l’Université normale du Zhejiang, où il dirige le Centre de recherche sur le cinéma et l’audiovisuel africains. Il est également directeur adjoint du Centre d’études sur les pays africains francophones de la même université et fondateur du Centre culturel Chine-Cameroun.
Son parcours ressemble déjà à une histoire d’échanges sino-africains. Enfant, il ne rate pas un film de Bruce Lee, Jet Li ou Jackie Chan. Adolescent, il apprend le chinois à l’Institut Confucius de l’Université de Yaoundé II. Il décroche ensuite un master en enseignement international du chinois et culture à l’Université normale du Zhejiang, puis un doctorat en sciences des sports traditionnels ethniques à l’Université du sport de Shanghai, avec une thèse consacrée à la diffusion du cinéma d’arts martiaux en Afrique. Il est le premier chercheur africain à comparer systématiquement les arts martiaux des deux continents dans une perspective historique et philosophique.
Il a publié plus de trente articles, en Chine dans les revues de haut niveau tels que Contemporary Cinema (《当代电影》) et Sport Science Research (《体育科研》), à l’international dans le Journal of African and Asian Studies, le Journal of Sino-African Studies, le Journal of Education and Practice ou l’IJRISS etc. Parmi ses textes les plus cités : « Fusion et décomposition du “combat, de la spiritualité et de la danse” » (Sport Science Research, n° 5, 2016) et « De Bruce Lee à Donnie Yen : le kung-fu chinois aux yeux des cinéphiles africains » (Contemporary Cinema, n° 10, 2019).
Devant la caméra, il a joué dans le film d’arts martiaux Soul of Wrestling (《踋魂》) et apparaît dans plusieurs les documentaires tel <Quarante étrangers regardent la réforme et l’ouverture de la Chine> (Radio-Télévision du Guangdong), <Lettre de la Chine> (CCTV), etc. Il est aujourd’hui réalisateur en chef, scénariste pour la partie africaine et acteur principal du documentaire de coproduction «Rêve de Kung-fu» (Kung Fu Dream), qui a obtenu en 2026 le visa d’exploitation « Dragon Seal » de l’Administration nationale chinoise du cinéma.

Un livre et son éditeur

Créées en mai 1984, les Presses de l’Université du Zhejiang sont une maison d’édition nationale de premier rang, sous la tutelle du ministère de l’Éducation de Chine. Elles ont mené à bien plus de 700 projets nationaux et publié plus de vingt mille titres, et siègent au groupe de travail du « Programme de promotion internationale du livre chinois ». Depuis plusieurs années, elles travaillent avec l’Institut d’études africaines de l’Université normale du Zhejiang : leur collection commune, « Communauté de destin sino-africaine dans la nouvelle ère », est soutenue par le Fonds de développement culturel et artistique du Zhejiang. Ce livre prolonge cette collaboration et donne une tribune solide, en chinois, aux chercheurs africains qui écrivent sur les relations sino-africaines.
Pour le lecteur chinois, l’itinéraire est inhabituel : partir du wushu, ce qu’il connaît le mieux, pour découvrir une Afrique réelle, complexe, dotée d’une véritable épaisseur philosophique. Pour les échanges sino-africains, le livre offre une méthode immédiatement utilisable. Comprendre, rappelle l’auteur, ce n’est jamais tendre à l’autre sa propre réponse : c’est rapprocher deux regards posés sur une même question.
(Fin du communiqué | Demandes d’interview et services de presse : Centre de recherche sur le cinéma et l’audiovisuel africains, Institut d’études africaines, Université normale du Zhejiang)

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octobre 5, 2026 10:37 am,lundi (GMT+1)

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