BRICS+ à New Delhi et l’essor du Sud global : la voix de l’Afrique dans le monde multipolaire émergent

Socialisons 😊💭

Le 18e Sommet des BRICS, tenu à New Delhi les 12 et 13 septembre 2026 sous le thème « Renforcer la résilience, l’innovation, la coopération et la durabilité », marque une nouvelle étape décisive dans la maturation politique du Sud global. De mon point de vue d’universitaire africain observant l’évolution de l’architecture de la politique mondiale, ce sommet n’a pas été une simple rencontre diplomatique. Il a constitué une affirmation forte que le système international n’est plus le domaine exclusif des anciennes puissances. Le Sud global s’organise avec davantage de confiance, de clarté stratégique et une volonté croissante de façonner les normes, les institutions et les priorités du XXIe siècle.
Ce qui rend particulièrement significatif le sommet de New Delhi, c’est qu’il s’est tenu à un moment où le monde est visiblement en transition d’un ordre unipolaire vers une multipolarité plus diffuse et plus négociée. L’adoption unanime de la Déclaration de New Delhi, avec son vaste agenda sur la réforme de la gouvernance mondiale, la finance, le commerce, la technologie, la santé, l’agriculture et la coopération au développement, reflète le sérieux avec lequel les BRICS abordent désormais la restructuration de l’ordre mondial. Il ne s’agit plus d’un simple club symbolique d’économies émergentes. Le groupe devient de plus en plus une plateforme à travers laquelle le monde en développement cherche à formuler des alternatives concrètes aux systèmes hérités de l’exclusion.
Pour l’Afrique, ce sommet revêt une signification plus profonde. Il montre que le continent ne parle plus depuis les marges des affaires mondiales. Il parle désormais de l’intérieur de la salle, depuis la table des négociations, et de plus en plus depuis les institutions susceptibles de définir l’avenir. La présence de l’Afrique du Sud, de l’Égypte et de l’Éthiopie comme membres des BRICS n’a donc rien d’anecdotique. Ces pays ne sont pas de simples participants ; ils constituent de véritables études de cas de la montée en puissance de l’agency diplomatique africaine dans un monde en transformation.
L’Afrique du Sud demeure la voix africaine la plus établie au sein des BRICS. Son rôle au sommet de New Delhi a une nouvelle fois souligné sa capacité de longue date à relier les priorités africaines aux agendas plus larges du Sud global. La participation du président Cyril Ramaphosa a signalé la continuité de la vision stratégique sud-africaine : la conviction que la réforme du multilatéralisme, une gouvernance économique plus équitable et la solidarité Sud-Sud ne sont pas des idéaux abstraits, mais les fondements nécessaires d’un ordre international plus juste. La présence de l’Afrique du Sud est essentielle, car elle démontre que l’Afrique ne se contente pas de réclamer son inclusion ; elle apporte des idées, négocie des résultats et contribue à façonner le langage de la coopération mondiale.
Mais la nouvelle Afrique au sein des BRICS dépasse désormais la seule Afrique du Sud. La participation de l’Égypte ajoute une autre dimension cruciale. À la fois puissance africaine et arabe, et nation stratégiquement située entre l’Afrique, la Méditerranée et le Moyen-Orient, l’Égypte incarne les passerelles géopolitiques qui définissent de plus en plus le Sud global. La présence du président Abdel Fattah al-Sissi à New Delhi a mis en évidence la détermination de l’Égypte à consolider sa place dans les nouveaux cadres non occidentaux de finance, d’infrastructures et de coordination politique. Le rôle de l’Égypte au sein des BRICS illustre la manière dont les États africains diversifient leurs options diplomatiques et refusent d’être enfermés dans les anciennes structures de dépendance. Dans un monde multipolaire, cette flexibilité est une forme de puissance.
L’Éthiopie offre sans doute l’un des exemples les plus convaincants de la montée de la voix africaine dans la nouvelle équation mondiale. Longtemps perçue dans l’histoire comme un symbole de souveraineté africaine et de dignité anticoloniale, l’Éthiopie occupe aujourd’hui une place de plus en plus importante dans la diplomatie contemporaine Sud-Sud. La participation du Premier ministre Abiy Ahmed et ses échanges de haut niveau en marge du sommet montrent que l’Éthiopie ne se contente pas d’entrer dans de nouveaux forums ; elle se positionne au cœur des débats stratégiques qui façonneront le développement, la coopération monétaire, la sécurité alimentaire et la réforme institutionnelle. La présence de l’Éthiopie dans les BRICS est particulièrement significative, car elle montre que le renouveau diplomatique africain ne se limite pas aux puissances régionales traditionnelles. Il s’élargit.
Pris ensemble, l’Afrique du Sud, l’Égypte et l’Éthiopie représentent trois expressions distinctes mais complémentaires de l’agency africaine. L’Afrique du Sud apporte son expérience institutionnelle et une longue tradition d’activisme multilatéral. L’Égypte apporte sa portée géostratégique et sa capacité de levier interrégional. L’Éthiopie apporte sa portée historique, son poids démographique et une ambition diplomatique renouvelée. Leur présence simultanée au sein des BRICS dépasse donc la simple question de l’adhésion. Elle prouve que l’Afrique n’entre plus sur les plateformes mondiales une voix après l’autre. Elle émerge désormais à travers plusieurs centres d’influence.
C’est pourquoi l’essor des BRICS+ doit être compris comme indissociable de celui du Sud global lui-même. L’élargissement du groupe et l’extension de son agenda reflètent une mutation profonde de la politique mondiale : les pays d’Asie, d’Afrique, d’Amérique latine et du Moyen-Orient ne se contentent plus de réagir à des crises définies ailleurs. Ils construisent des cadres à travers lesquels leurs propres priorités de développement, leurs préoccupations sécuritaires et leurs visions civilisationnelles peuvent trouver une expression institutionnelle. À cet égard, les BRICS deviennent l’un des laboratoires du monde post-occidental.
Pour l’Afrique, cette transformation ouvre des opportunités historiques, mais elle impose aussi des responsabilités. La présence seule ne suffit pas. Les pays africains au sein des BRICS doivent veiller à ce que leur adhésion se traduise par des gains tangibles pour le continent : un meilleur accès au financement du développement, des conditions commerciales plus équitables, un soutien renforcé à l’industrialisation, au transfert de technologies, à la souveraineté alimentaire et à une représentation plus forte dans les instances mondiales de décision. Ils doivent également faire en sorte que l’Afrique s’exprime non seulement à travers des intérêts nationaux, mais aussi à travers une conscience continentale en phase avec les aspirations de l’Agenda 2063 et les attentes plus larges des peuples africains.
La leçon profonde de New Delhi est que la voix de l’Afrique devient de plus en plus difficile à ignorer, parce qu’elle s’ancre désormais dans des alliances, des institutions et des partenariats stratégiques qui reflètent les réalités de notre temps. L’ancienne hiérarchie de la politique mondiale est sous pression. Un ordre plus pluriel émerge, de manière inégale mais incontestable. Dans cet ordre, les pays africains ne sont pas destinés à rester de simples spectateurs passifs. Ils deviennent les auteurs du scénario.
En réfléchissant au sommet de New Delhi, nous sommes convaincus que la véritable signification des BRICS+ ne réside pas seulement dans leur élargissement, ni même dans les déclarations qu’ils produisent, aussi importantes soient-elles. Leur importance plus profonde réside dans l’imaginaire politique qu’ils légitiment : l’idée que le monde peut être gouverné autrement, que le développement peut être poursuivi à travers des partenariats plus équilibrés, et que les nations du Sud global peuvent passer de la périphérie des affaires internationales à leur centre stratégique.
La place de l’Afrique dans cet avenir n’est ni symbolique ni secondaire. Elle est centrale. Et la présence de l’Afrique du Sud, de l’Égypte et de l’Éthiopie au sommet des BRICS+ à New Delhi rappelle avec force que la voix africaine dans le monde multipolaire émergent ne s’élèvera pas demain. Elle s’élève dès maintenant.

Socialisons 😊💭

TOP INFOS EN INBOX

Rejoignez notre communauté croissante de lecteurs qui cherchent à comprendre l'évolution de la dynamique entre la Chine, l'Afrique et le monde. SINAFRICANEWS approche l'actualité internationale sur un prisme du Sud Global!. Entrez juste votre email et nous faisons le reste!

NEWS-LETTER

Inscrivez-vous pour recevoir les infos de 1ere main dans votre boîte de réception.

Nous ne spammons pas ! Consultez notre politique de confidentialité

SINAFRICANEWS: Un Discours Sino-Africain du Monde!

septembre 15, 2026 10:47 am,mardi (GMT+1)

Connectez-vous!